Colectivo : Bus. Nombreux, peu chers, bruyants et souvent sans suspensions, rendant le voyage un tantinet plus rock’n'roll qu’en France. Attention, le paiement se fait via des machines qui acceptent uniquement les pièces de monnaie. Exception à cette règle : les bus faisant les longs trajets entre les villes, pour lesquels on paie le billet à un guichet et en avance, et qui sont très confortables, plus proches de l’avion que du bus.
Chers lecteurs, je tiens à m’excuser pour mon retard. Alors que je suis à Mendoza (ouest) et que les fêtes sont passées, je vous poste un article vieux de deux semaines déjà. Je vais essayer de rattraper le temps perdu. Je vous souhaite également une bonne année 2010.
En vacances depuis une semaine, il est évident que je vais parler de la seconde catégorie.Enfin, plutôt de l’endroit où un colectivo m’a amené la semaine dernière.J’ai nommé Puerto Madryn, au nord de la Patagonie ! Donc cet article risque fort d’être un peu long… tout comme mon voyage en colectivo de La Plata à Puerto Madryn, la broutille de 18 heures ! J’ai par ailleurs décidé, outre les définitions, de rajouter à mes articles le nombre d’heures passées dans un bus depuis le début de mon voyage.
Le long trajet avant d’arriver nous montre bien ce qu’est la Patagonie : une gigantesque étendue de… rien.

Des centaines de kilomètres de route droite à travers une semi-végétation, avec des déchets en plastique joncheant le bord de la route qui ont scandalisé l'écologiste que je suis.
Arrivé à destination, je constate amèrement qu’effectivement, ce n’est pas le même climat, et que j’ai bien fait de prendre de quoi me couvrir. Le temps de prendre mes repères dans la ville, de manquer de me perdre dans un quartier pas cool avant de me raviser et de partir dans la bonne direction, et j’arrive donc à l’auberge de jeunesse. De très loin la meilleure où je sois resté : accueil particulièrement sympa, chambres propres et nullement glauques, eau chaude dans la douche… Passée l’installation, je commence donc à préparer mon voyage. Je regarde les prix : ouch, ça va me pomper pas mal de plata, ces quatre jours ! Peu importe, je réserve directement l’excursion sur la péninsule où l’on peut voir un tas de bestioles, incluant des pingouins, des éléphants de mer, et le clou du spectacle : des baleines. Encore que c’est pas sûr, étant donné qu’on est à la fin de la saison.
Le lendemain donc, départ pour la péninsule, dans un petit bus de touristes, où je me sens plus argentin que jamais malgré mon passeport français : en effet, la guide parle un anglais de cuisine, et je suis entouré d’italiens, d’israéliens, de néerlandais, de bulgares, de japonais… arrivés à l’entrée de la réserve, mauvaise surprise : faut banquer pour rentrer. 45 pesos, et évidemment, ils pratiquent les mêmes tarifs différenciés entre résidents et touristes. Mais comme je n’étais pas au courant, je n’ai pas pris mon visa, et je dois racker 45 pesos (au lieu de 14). Sans compter que comme je ne savais pas, je dois prendre sur l’argent que j’avais pris au cas où, et, comble de la honte, emprunter les 10 pesos qui manquent à mes voisins, un couple de japonais.

Au moins, pour ce prix-là, nous sommes bénis, c'est déjà ça !
Passée l’entrée de la réserve, je peux constater que la route n’est plus asphaltée. Le voyage se fait donc avec le bruit de fond des petits cailloux tapant sur le bas du bus ; la guide nous explique, voitures sur le bas-côté à l’appui, qu’il est extrêmement difficile de conduire sur cette route, et que tous les jours, des boulets en voiture ont un accident.
Le premier arrêt est une colonie de pingouins. Je me marre, non pas parce que ce n’est pas à la hauteur de mes espérances, au contraire, mais plutôt parce que ces machins ont une tête marrante. Et ne me demandez pas pourquoi. C’est comme si je vous demandais pourquoi l’accent québécois vous fait rire… aaah, vous êtes bien emmerdés pour répondre, hein ? En tout cas, ils ne sont pas comme je pensais (les pingouins, pas les québécois), ni comme je les avais vus à la télé. Et on peut s’en approcher tout près !

Ben, des pingouins, quoi !
Deuxième arrêt : un lieu habité, avec un resto dont même la guide nous a dit que c’était un piège à touristes ! On y trouve un renard, dont je ne sais pas s’il fait partie de la faune locale ou s’il est importé et appartient aux piégeurs de touristes.

Cela dit, l’endroit le plus intéressant est en contrebas. C’est une plage où il y a des éléphants de mer. Si les pingouins m’ont fait rire pour une raison dépassant l’entendement, les éléphants de mer, eux, m’ont aussi fait rire, mais cette fois pour une raison beaucoup plus explicable : je crois que j’ai trouvé l’animal le plus inutile sur Terre. Ce ne sont rien d’autre que des gros trucs moches tout graisseux, immobiles et affalés sur la plage. Grotesque. C’est à se demander comment ils ont réussi à se retrouver sur l’arche de Noé ! D’autant que la façon dont ils bougent, digne des vers de terre, les rend encore plus grotesques que lorsqu’ils sont couchés sur la plage.. Sur l’arche, ils devaient être la risée de toute la Création ! Mais fini de se poiler, on doit reprendre le bus pour alller à Puerto Pirámides, le village à partir duquel nous prendrons le bateau pour aller mitrailler (de photos bien entendu) les baleines, si toutefois on en voit.

Regardez-moi ces gros machins flasques et inutiles...
A l’arrivée, pause-bouffe, car il est plus de 14h et mon ventre gronde. Je m’assieds sur la jetée, au bord de la mer, et dévore mes sandwiches. Au retour, nous devons passer des gilets de sauvetage avant de monter sur le bateau. Moi qui étais fier d’avoir la classe avec ma chemise…
Une fois montés sur le bateau, le capitaine nous prévient : pour voir les baleines, faut de la patience. Aoutch. Je commence à le sentir mal. Sortant mon appareil photo, que constaté-je ? La batterie clignote en rouge, n’affichant plus qu’une bûchette. Merdouille. Si ça se trouve, on va en voir, mais je vais pas en ramener de photos. Le radin qui est en moi se réveille donc et se dit que pour le pognon qu’il a mis là-dedans, faut qu’on en voie, et faut me mettre à économiser la batterie !
Alors je ne sais pas si le capitaine parlait de patience parce que parfois, c’est long ou parce que le touriste bêlant lambda est impatient par nature, mais le temps d’arriver sur le site, et une baleine nous attendait en plein milieu ! Chez moi en tout cas, il ne planait pas une ombre d’impatience. C’est d’autant plus fascinant que la baleine est bien grande et s’approche très près du bateau. Je peux alors commencer à mitrailler, en constatant que l’eau est suffisamment transparente pour que l’on puisse la voir depuis la surface alors qu’elle est immergée (et à deux mètres du bateau, ça aide).

Au retour donc, satisfait comme jamais. Euphorique, même. En plus, à Pirámides, un club de plongée propose des plongées avec des lions de mer, à des tarifs moins scandaleux que ce que j’ai pu voir ailleurs. Le soir, je tape un peu la discute avec la tenante de l’auberge, qui me dit qu’elle n’avait pas compris que j’étais français, qui croyait que j’étais de La Plata, et point. Bon, va falloir l’admettre : je crois que je suis bilingue. Je vais un moment me balader sur la plage et errer dans la ville, avant de rentrer et de me coucher. Demain, ma première plongée depuis l’obtention de mon niveau 2, sur des épaves !
Le lendemain, paré pour plonger donc, je me rends au club, je discute avec le type qui le tient ; comme moi, il a plongé à Los Roques (archipel vénézuélien dans les Caraïbes, dont on dit que c’est l’un des meilleurs sites du monde, et je peux vous le dire, c’est pas usurpé) ; on discute un peu, il fait super beau, mais je crains que l’eau soit froide. Elle est à 15 degrés, mais bizarrement, ça ne me fait pas peur. D’autant qu’avec la combinaison qu’il me file, je ne risque rien Les deux plongées sont super, rien à redire. Un peu d’appréhension quand même quand il s’agit pour la première fois de rentrer dans le bateau, mais elle disparaît vite. Les deux sites valent leur pesant de cacahuètes, et au retour, l’instructeur qui m’a accompagné me dit, à moi qui complexe à mort dès qu’il s’agit de sport : « T’es un super bon plongeur, on dirait que t’as fait ça toute ta vie ! »
Je crois que c’est la première fois depuis que je suis en Argentine que j’ai eu une poussée de fierté pareille. En me disant ça, il a touché droit à l’ego et a réussi à me filer confiance en moi, peut-être pas en général, quand même, ce serait miraculeux, mais tout du moins en ce qui concerne la plongée, rien à dire : c’est la classe.
L’après-midi, après m’être pété le bide dans un resto où j’ai mangé des calamars à l’huile qui m’ont délicieusement rappelé mes contrées languedociennes, je reste à l’auberge, et regardant les DVD qu’ils proposent, je décide de me regarder The Constant Gardener (piraté, mais bon, c’est pas moi m’sieur). Bon film, et pendant le film, j’entends que dans la salle, deux filles, la vingtaine, qui m’ont l’air sympathiques, parlent français. Après le film donc, ni une ni deux, « vous êtes françaises, vous êtes d’où ? » J’apprends donc qu’elles font, comme moi, une année d’échange, l’une à Santiago et l’autre à Recife, et qu’elles font leur trip estival. Ne m’est pas venue à l’esprit l’idée qui est venue à celui de l’une d’elles, lorsqu’elle m’a demandé, notez bien le terme, de quelle école je venais. La réponse a fusé : « – Sciences Po, à Aix, et vous ? – Sciences Po, à Lille. » Là, j’ai eu l’impression d’être franc-maçon. Et je suis aussi super content : des iepiennes ! Conscient d’être formaté et de savoir bien mieux socialiser avec les iepiens qu’avec les autres, je comprends encore un peu plus pourquoi je me suis fait chier pendant ce semestre à La Plata.
On n’a pas pu vraiment discuter car on a maté un film, et ensuite, elles sont directement parties dans leur chambre car elles avaient poney piscine l’excursion avec les baleines le lendemain.
Ce même lendemain, je suis allé à Puerto Pirámdes (un bus par jour), afin de faire ma plongée avec les lions de mer. Mais avant, j’ai tué le temps pendant 4 heures, errant sur la plage où la marée descendait (car, en bon méditerranéen, la marée est quelque chose qui ne m’est guère familier), prenant ou faisant prendre par les rares passants quelques photos de moi dans ces paysages. Quant à la plongée, certes, c’est space de toucher ces bestioles, mais j’ai été très déçu. Rien d’autre à voir, quasiment pas de profondeur, ce qui faisait qu’avec masque et tuba, ça revenait au même. D’autant que j’étais moins bien équipé dans une eau plus froide (13 degrés), et qu’à la longue, 13 degrés, c’est froid. Bref, je me suis empressé d’oublier ce piège à touriste pour retourner à l’auberge si hospitalière, le temps de discuter et de jouer aux cartes avec les lilloises, qui partaient dans la soirée. Entre temps, je suis aussi allé acheter mon billet retour, et me suis dit que pour la suite des vacances, faudra un peu moins faire chauffer la carte bleue, parce que ça commence à faire rudement cher tout ça.
Enfin, le temps de dire un au revoir excessif aux gérantes de l’auberge, avec qui le contact a été excellent, de faire passer le temps en regardant Les noces funèbres de Tim Burton (non piraté et par ailleurs excellent), d’attendre pendant une heure et demie Madeleine mon colectivo qui avait du retard, et c’en était fini de la Patagonie. Bilan du séjour : très bon, à tel point que j’en étais triste de revoir La Plata. Qu’est-ce que ça va être quand j’y reviendrai en février !…