Bajón : situation merdique, où tout va mal. Qué bajón ! s’utilise quand il arrive une tuile (ou plusieurs) à un argentin. Exemple : « - Mi novia me dejó. – Qué bajón, boludo ! »
Calmez-vous donc, mon séjour à Mendoza n’a pas été si terrible ! Même si effectivement, les choses qui me sont arrivées ne peuvent qu’assimiler ce séjour à un bajón. Comme vous allez le voir, mon séjour mendozino a été un condensé de tuiles et de belles choses, que j’ai malgré tout bien pris, certainement dû à l’euphorie que j’éprouvais à l’idée de quitter cette province de Buenos Aires que je n’aime décidément pas.
Avertissement : tout comme le précédent, et certainement les autres articles de vacances à venir, cet article est long. J’ai essayé d’aller au plus synthétique tout en en racontant un maximum, et de façon pas trop télégraphique.
Jour 1 : L’auberge espagnole (miteuse)
Heures passées dans un bus depuis le début de mes vacances : 55.
Arrivé à l’aube à Mendoza et en ayant trop peu dormi, je trouve la ville à première vue très jolie. Ma radinerie habituelle me pousse à aller à l’auberge, pourtant pas tout près, à pied en traînant ma valise. Surpris par une petite pluie ensoleillée, et surtout perdu dans la ville, je me suis finalement résigné à héler un taxi.
A l’arrivée à l’auberge, première mauvaise surprise : l’auberge elle-même. La chambre est obscure, peu de place pour ranger les bagages, les lits superposés sont très bas (important pour la suite), et la salle de bain n’est pas un modèle de propreté. Tant pis, me dis-je, ce sont les aléas du voyage, et puis je vais beaucoup être dehors. Je m’inscris pour une excursion dans les bodegas de la capitale du vin argentin qui a lieu l’après-midi, et en attendant, je vais prendre quelques photos du centre-ville, avec entre autres la splendide Plaza España ! Cependant, en pensant que j’allais sortir beaucoup, je me trompais lourdement.
L’excursion en elle-même fut évidemment l’occasion de déguster quelques bons vins locaux, et de bien me marrer quand le guide nous a dit que cet énorme tonneau avait été fabriqué en Allemagne en 1943. A la fin, mon appareil photo acheté il y a 2 mois, que j’avais pourtant chargé, commence à donner d’inquiétants signes de faiblesse.
Rentré à l’auberge, je constate que dehors, ça a l’air de bien s’amuser. Les gens m’invitent à boire une bière au bord de la piscine, que j’accepte avec joie. Il y a un chilien, deux franchouillards, un couple d’autrichiens et deux porteños. Très bonne soirée ; les porteños, un gars et une fille, sont partis le soir, après que j’eus constaté que le porteño avait l’air un peu gay et qu’il avait eu l’air de me trouver un peu à son goût. (ça, ça veut dire que ça se voyait tellement qu’il avait flashé sur moi que même moi m’en suis rendu compte. C’est dire !)
La nuit fut dure, à cause d’une part de la chaleur et de la quantité d’alcool ingurgitée, d’autre part à cause de la qualité de la chambre, car il m’a semblé à plusieurs reprises que des bichos prenaient mon corps pour un terrain de jeu. Les jours suivants, je dormirai toujours avec un pyjama, au risque de mourir étouffé par la chaleur.
Jour 2 : La machine japonaise fait hara-kiri
Le lendemain, dimanche, pas moyen de m’inscrire à l’excursion car il était trop tard. Je décide donc, sous un soleil battant me rappelant mes excursions dans les calanques de Marseille en plein été, d’aller dans l’immense parc au bout duquel se trouve le Cerro de la Gloria, monument patriotique à l’armée des Andes et au grand libérateur San Martín, que tous les Argentins connaissent car il apparaît sur le billet de 5 pesos.
Après plus d’une heure de marche sous le soleil, personne ne peut imaginer à quel point ça a été bon de me boire presque d’un coup une bouteille d’un litre d’eau glacée ! Je l’ai même rechargée arrivé en haut du Cerro avec un tuyau d’où sortait de l’eau que j’ai supposée potable. Et retour par le même chemin par lequel je suis arrivé, et plongeon dans la piscine. L’un des deux franchouillards est toujours là à écluser, comme les deux Autrichiens, bien qu’ils consomment moins. Le franchouillard est très fier de me montrer la bouteille de Ricard qu’il a dégotée ; je tente de prendre une photo quand l’écran de mon appareil se brouille. Horreur ! Plus moyen de l’éteindre, l’objectif ne s’est pas rétracté, même quand je l’ai éteint de force en enlevant la batterie ! Les signes de faiblesse des derniers jours étaient donc bien à prendre au sérieux : mon appareil a fait hara-kiri, au deuxième jour d’un voyage d’un mois et demi. VDM. Bon ben va falloir en racheter un, en espérant qu’ils me baisent pas au retour avec la garantie, restée bien sûr à La Plata. Tant pis, je vais passer la soirée avec les autres, buvant moins à cause de la chaleur. Le français m’est de moins en moins sympathique et me paraît de plus en plus alcoolique. Le chilien, lui, propose une virée aux thermes le lendemain, ok pour moi.
Jour 3 : Qui s’endort avec le cul qui gratte…
Réveil donc à 9 heures, le chilien ayant fixé le rendez-vous à 10h. Le temps d’aller m’acheter un nouvel appareil. A 10 heures, lui n’étant pas réveillé, je commence à me poser des questions. Je me réveille, et il me dit un truc avec l’accent chilien que j’ai compris comme « n’y pense même pas, je me suis couché à 5h du mat’ ». Ok, donc pas digne de confiance non plus car un peu borracho lui aussi. Un jour à tuer, donc. Je vais donc réserver l’excursion pour la haute montagne, pour voir l’Aconcagua et tout et tout, pour le lendemain, dans une agence du centre-ville. Surtout, essayer d’éviter un maximum le franchouillard alcoolo. J’en ai d’ailleurs parlé avec l’autrichienne qui ne l’aime pas non plus. Le soir, discuté avec deux filles. Des platenses aussi, très sympas. J’essaierai de les revoir à mon retour.
La nuit fut trèèèès dure. Merde alors, faut que je me lève pour 7h30 en plus ! Mais au milieu de la nuit, je constate que ce n’est pas que la chaleur, et que le lever à 7h30, va falloir faire une croix dessus. Envie de vomir, mal au ventre, envie de déféquer liquide… pas de doute, j’ai chopé la gastro ! Sûrement cette eau bue au Cerro…
Jour 4 : ça va marcher… en boitant !
Au matin, évidemment, impossible d’aller à l’excursion. Je demande s’il est possible de reporter. Ouf, on peut, il suffit de téléphoner à l’agence. Manque de bol, dans la journée, je fis une sieste, et mon lit, décidément trop près du sol, décida de me faire une mauvaise surprise : en me réveillant, à moitié endormi encore, je mets le pied sur le sol, et CRAC ! Une cheville tordue ! En essayant de marcher, je constate amèrement que c’est pas un petit truc qui va passer en quelques minutes, mais bien qu’il va me falloir rereporter mon excursion au surlendemain. Qué bajón, comme on dit, hein ? En plus, j’ai eu la mauvaise idée de réveiller le franchouillard, et ce connard est venu, avec son ton à moitié bourré, m’emmerder parce que je lui avais coupé son rêve. Heureusement, je peux lire, parler avec d’autres gens, me connecter aussi pour prendre des nouvelles de la France et télécharger les fichiers que mes tendres géniteurs m’ont envoyé.
Jour 5 : Peace and love
Rien, comme dirait Louis XVI. Seul point positif : le matin, j’ai visité une autre bodega, la plus grande de Mendoza, avec trois filles (encore des platenses ! J’ai pris le numéro de l’une d’elles histoire de moins m’emmerder au semestre prochain…). J’ai pu étrenner mon appareil photo ! L’après-midi, je suis allé acheter mon billet pour le Chili, et le soir, encore tapé la discute avec les autres platenses, l’une d’entre elles a pris mon mail. Le semestre prochain s’annoncerait-il meilleur que le premier ?
Par ailleurs, c’est décidé : pour le Chili, je vais tenter le système Couchsurfing, recommandé par des amis, un site de logement chez l’habitant.
Jour 6 : L’Argentine qui se lève tôt
Ce matin, je me réveille. Je constate qu’il y a un peu de soleil et que je dois me réveiller pour 7h30. Mais pas grave, j’ai mis le réveil sur mon portable, je peux dormir encore. Quelle ne fut pas ma surprise quand une femme vint me réveiller pour me demander si je ne faisais pas l’excursion ! Bordel de merde, il faut que ça m’arrive maintenant ! C’est la première fois de ma vie que je n’ai pas entendu mon réveil ! Je m’habille presto, fais mon sac, prends mon appareil, mon livre, vite fait piquer un croissant… heureusement que je n’avais pas trop de choses à prendre, sinon c’est sûr que j’en aurais oublié !
L’excursion commence bien malgré ma fatigue. Je mitraille avec mon appareil photo que j’ai à peine eu le temps de tester, les beaux lacs, les belles montagnes. Bizarrement, les Andes, si hautes ne me paraissent finalement pas si impressionnantes. Arrivés à un lieu où nous nous arrêtons pour manger, le guide a une mauvaise nouvelle : pour un problème quelconque avec la douane chilienne (si j’ai bien compris), les camionneurs sont en grève et bloquent la route. Nous fûmes donc bien retardés. Heureusement, j’ai pris mon livre, qui me donne des avant-goûts du Chili* ! L’Aconcagua est sous les nuages, mais j’ai pu voir le Puente del Inca, un pont naturel sur la rivière Mendoza qu’utilisaient les Incas. Hermoso !
Heures passées dans un bus : 62.
Jour 7 : Pa’ Chile
Ce matin-là, réveillé en toute discrétion pour éviter d’avoir à dire au revoir à mon alcoolique de compañero. Heureusement, il n’est que 8 heures, il est trop endormi pour ça ! Direction la gare routière pour refaire le chemin fait la veille, plus l’autre moitié ! J’ai finalement réussi à prendre une photo potable de l’Aconcagua sans nuages, un peu décevante certes.
Trois heures pour aller de Mendoza à la frontière : normal. Le moins normal, ce sont les trois heures que l’on a passées à la douane chilienne. J’ai dû me resoumettre à un exercice que je connaîs bien : faire la queue devant le Bureau des Migrations, cette fois pour en sortir. De plus, si certains d’entre vous ont été au Chili, ils se souviennent sans doute que la douane chilienne, que l’on arrive par avion, par bateau ou par bus, est à la pointe de la lutte contre le trafic international de pommes. Car en effet, pour des raisons proteccionistes, le Chili opère un contrôle très strict des importations d’objets d’origine animale et végétale, et nous rappelle via des écrans que l’amende peut aller jusqu’à plus de 100 dollars pour une simple pomme.
Mais je vous laisse, j’ai passé la douane, mon séjour à Santiago fera l’objet d’un autre long article, dans quelques jours !
Heures passées dans un bus : 68.
* Il s’agit de Confieso que he vivido, l’autobiographie de Pablo Neruda. En VO s’il vous plaît !




