Quilombo : Bordel. Expression utilisée, comme en français, pour décrire quelque chose de mal rangé, une situation kafkaïenne ou compliquée. Et également pour désigner une maison close, littéralement. Par contre, jurer en disant « Quilombo de mierda ! », ça, ça n’existe pas.
Donc, le bordel tout comme l’envie de jurer ont marqué comme jamais mon arrivée au Pérou.
En effet, mon passage à Iquique, après Atacama, fut de courte durée. Juste le temps de sortir un soir avec une bande de trois Argentins copados. Il faut dire que le grain de sable bloquant mon appareil photo m’a mis dans un état peu jovial, ce à quoi il faut ajouter le choc quand j’ai constaté que j’avais dépensé bien plus de plata que ce que je pensais, et également la tourista chronique qui me poursuivait depuis Atacama.
Heures passées dans un bus : 128.
Bref : j’avais envie de découvrir de nouveaux horizons. Pas Machu Picchu car les récentes indondations l’avaient rendu inaccessible. Donc j’ai décidé d’aller directement sur les bords du lac Titicaca, à Puno exactement. Première étape : prendre un bus pour Arica, dernière ville avant la frontière.
Heures passées dans un bus : 132.
C’est en arrivant à Arica que j’ai eu le choc. Ce choc que, mes lecteurs les plus assidus s’en souviennent peut-être, je n’avais pas eu à l’arrivée en Argentine. Le dépaysement. L’impression très nette que ça y est, on n’est plus dans le même monde. Sortant, avec ma valise à roulettes pas discrète, du terminal de bus pour aller à l’autre terminal, celui des taxis traversant la frontière, j’ai été abordé en dix secondes par cinq messieurs, qui me proposaient de me faire passer la frontière. Adoptant l’attitude de refus poli que j’adoptais dans les souks de Tunis, je me suis dirigé vers une « agence » familiale, demandant comment ça marche à la mère, qui m’embrouille avec ses explications. Apparemment, tout ça va me coûter 15.000 pesos chiliens (un peu plus de 20€), « tout ça » étant Arica-Tacna en taxi et Tacna-Puno en bus. Déterminé à dépenser mes derniers pesos chiliens ici, je suis pris par la peur d’une embrouille, genre me faire payer le taxi deux fois. Mais bon, j’y vais, y a pas trop le choix on va dire.
Une fois passée la frontière, la pensée qui m’a traversé a été littéralement « Putain, je suis au Pérou ! » La route est si droite et la plaine si plate que ça ressemble à la pampa argentine. Suite aux nombreuses remarques du chauffeur, je constate qu’il est très pressé et me dis qu’en fait, ça va être plus ric-rac que ce que je pensais.
Arrivés au terminal, ouf ! Pas d’arnaque, le chauffeur m’amène au siège de la compagnie, où m’attend… un clodo shooté. Quelques minutes plus tard, sans avoir pu se débarrasser du clodo, arrive un autre type bien sapé, tout aussi pressé que mon chauffeur. Après m’avoir filé mon billet, il me met dans un taxi qu’il paye pour moi (étant donné que je n’ai pas un centime de sol, et guère plus en pesos chiliens) et lui dit de m’emmener quelque part, en précisant bien de se dépêcher car le pub part à 7h40. Je comprends alors : le bus est déjà parti et nous nous lançons dans une course contre la montre pour le rattraper. Après une promenade de santé dans Tacna, rythmée par les coups de klaxon, les feux grillés et les doublements par la droite, nous arrivons au siège de la compagnie. Trop tard, à une minute près. Ils me renvoient dans le taxi qui m’offre bien malgré lui la course vu que je n’ai pas un rond. Arrivés à un poste où le bus est arrêté, je constate que quatre autres retardataires sont dans mon cas, et tentent de parlementer avec le chauffeur, qui refuse de nous laisser entrer car ce n’est pas un arrêt mais un poste de contrôle, et les flics veillent. Tolerancia cero que ça s’appelle. Rebelotte donc : dans le taxi pour s’arrêter dans un virage obscur, espérant que le bus va bien accepter de nous prendre si les flics ne regardent pas trop. L’attente fut pénible malgré la sympathie de mes trois compagnons d’infortune. Et aussi décevante, vu que le bus nous est passé devant sans ciller. Hijo de p… pensai-je. Au final, trois d’entre nous décidons d’aller prendre le bus au prochain arrêt « officiel ». Après avoir négocié le prix avec le chauffeur, les deux femmes m’accompagnant étant un peu short niveau pognon, on est repartis, dans la nuit noire péruvienne, pour poursuivre le bus. Je me sens mal, ma tourista empire.
Enfin, au poste où on a le droit de s’arrêter, le chauffeur accepte de nous faire monter. Encore un bordel : la place qui m’a été assignée est déjà occupée, qui plus est par quelqu’un qui a le même numéro que moi. Donc ils m’ont vendu une place déjà vendue. Je réussis malgré tout à leur faire me trouver une place, car malade comme un chien, je me sentais bien peu de faire le voyage d’une dizaine d’heures debout et sans pouvoir dormir.
Heures passées dans un bus : 142.
11 mars 2010 à 10:51 |
Oh, mon pitchounet, je savais pas que tu étais passé par tous ces déboires!
Ça a pas du être drôle, mais au moins, tu auras vécu des expériences extrêmes!
Je t’embrasse,
Ta vieille